Propositions

Une nouvelle approche en environnement

Proposition #3 – Lier la question de l’environnement à celle de l’indépendance, sortir de la polarisation

 

Au cours des dernières années, malgré un programme étoffé et reconnu par les experts sur la question, le Parti Québécois s’est montré presque invisible en matière d’environnement. Il n’a pas réussi à tirer son épingle du jeu pour occuper l’espace médiatique avec ses propositions, laissé toute la place à Québec solidaire. Il faut que ça change. Je propose donc une approche renouvelée en environnement où l’on parle des solutions environnementales avec aplomb, de manière rafraichissante et rigoureuse et en insistant constamment sur les succès qu’ont connus d’autres pays comparables en la matière. Il faut en effet sortir du discours moralisateur et orienter la discussion vers les meilleures pratiques dans le monde. Fort d’un programme rigoureux, ambitieux et pragmatique, le Parti Québécois doit absolument réussir à occuper l’espace qui lui revient en matière d’environnement. Mais ce changement de ton sur la question environnementale passe d’abord et avant tout par un changement dans notre discours : il nous faut absolument lier la question de l’indépendance du Québec à celle de la préservation de notre environnement.

Les questions de l’environnement et de l’indépendance du Québec sont indissociables

Il est de bon ton de nos jours d’affirmer que la question environnementale est beaucoup plus actuelle que celle de l’indépendance, ou encore que la question environnementale étant un enjeu global et planétaire, l’indépendance du Québec n’y changerait absolument rien. Le Parti Québécois se doit de répondre à ces arguments en mettant en évidence le fait que sans l’indépendance du Québec, les Québécoises et les Québécois ne pourront jamais assumer des choix environnementaux responsables, ni protéger leur santé et leur sécurité de manière satisfaisante.

En effet, le Québec fait partie malgré lui d’un État pétrolier, ce qui a plusieurs incidences concrètes. Chaque année, les Québécois subventionnent, à même leurs taxes et leurs impôts, une industrie pétrolière albertaine qui à elle seule pollue davantage que la population québécoise en entier. Deux jugements récents de la Cour d’appel fédérale et de la Cour suprême de Colombie-Britannique confirment que ce pétro-gouvernement canadien peut, grâce à l’ordre constitutionnel canadien que le Québec n’a jamais signé, forcer la construction d’un pipeline qui traverserait notre territoire. Toujours en vertu de cette constitution canadienne, le Québec n’a pas le pouvoir de réglementer les pesticides contenus dans la nourriture, ni de réglementer au sujet de ses cours d’eau, ni d’exercer une influence diplomatique en faveur de l’environnement à l’international. Or, cette incapacité à réglementer ces aspects essentiels pose de véritables risques pour notre santé.

Le fédéral menace la santé des Québécois : il faut le dire

D’abord, la possibilité qu’un projet de pipeline similaire à Trans Mountain soit implanté de force au Québec pose de réels enjeux de santé et de sécurité. Nous connaissons cette réalité, car nous avons bien failli voir un pipeline de pétrole lourd traverser près de 300 de nos cours d’eau et des milliers d’hectares de nos meilleures terres agricoles. Le pétrole doit rejoindre les marchés, coûte que coûte pour Justin Trudeau. Et il n’est pas à exclure que le gouvernement fédéral, libéral ou conservateur, se tourne à nouveau vers nous pour nous imposer un pipeline. Or, les données sur les pipelines nous indiquent que les risques de catastrophes, que ce soit une fuite ou une explosion, sont importants. En effet, aujourd’hui, sur le site de la Régie de l’énergie du Canada, on dénombre pas moins de 207 incidents majeurs au Canada liés à des pipelines dans les dernières années[1]. De son côté, Équiterre chiffre à 412 le nombre de déversements ou fuites entre 2004 et 2016 seulement pour la compagnie Transcanada[2].

Ensuite, il y a la tragédie de Lac-Mégantic. C’est un drame humain pour lequel toute la lumière n’a pas été faite sur les circonstances de l’accident. Le gouvernement fédéral a toujours refusé de tenir une enquête publique sur la question et ce, malgré notamment les demandes répétées des Québécoises et des Québécois. Depuis, le réseau ferroviaire canadien est toujours dans un état lamentable. On ne contrôle pas la nature des produits qui sont sur les rails et Ottawa permet toujours aux entreprises de transport de s’autoréguler. C’est le far west, même pour les municipalités qui demandent depuis des années, avec raison, d’être mieux informées de ce qui passe sur leur territoire.

Au niveau de leur alimentation, les Québécois ne contrôlent pas ce que Santé Canada permet d’introduire dans la nourriture. Tout récemment, l’Italie a interdit l’importation de blé canadien sur son territoire en raison de sa forte concentration en pesticides, laquelle augmente les risques de cancers notamment. Il ne s’agit que d’un exemple parmi tant d’autres où le laxisme fédéral est patent et où le gouvernent du Québec n’a pas les pouvoirs de protéger la santé de ses gens.

Pour les Québécoises et les Québécois, la réponse à un pipeline qui menace notre eau potable et notre alimentation, la réponse à un réseau ferroviaire sans surveillance, la réponse au laxisme réglementaire sur les pesticides, c’est non. Le Parti Québécois se doit donc d’être clair. Être environnementaliste implique que l’on puisse donner au Québec l’opportunité de se détacher des choix polluants du Canada en faisant ses propres choix. Ceci implique que le Québec devienne un pays.

Refuser que l’ordre fédéral nous empêche d’agir en matière d’environnement

Le pouvoir de nuire du fédéral en matière d’environnement est tel que nous devons prendre des actions immédiates pour l’en empêcher. C’est en ce sens que je propose :

1. Une offensive réglementaire, législative, citoyenne et judiciaire contre tout projet de transport de pétrole sur le territoire québécois

La meilleure façon de préserver notre territoire d’un projet dont les Québécoises et Québécois ne veulent pas, c’est de faire l’indépendance du Québec pour que nous soyons les seuls à décider de ce qui passe ou non chez nous.

Cela ne nous empêche pas toutefois de faire front commun pour décourager le fédéral de nous imposer un projet polluant et dangereux. Je m’engage donc à mener une lutte de tous les instants, autant sur le front réglementaire avec l’aide des municipalités, que législatif et judiciaire pour empêcher quelconque construction de pipelines. Nous devrons aussi appuyer les citoyennes et les citoyens qui portent à bout de bras les mouvements de contestation. La population est le levier le plus fort pour pousser le fédéral à reculer. Elle aura tout mon appui.

2. Une commission d’enquête québécoise sur l’état du rail au Québec

Si le Canada continue à s’entêter à refuser de dresser un portrait précis de l’état de son réseau ferroviaire au Québec, nous n’aurons d’autres choix que de prendre les devants. Chaque jour, des centaines de wagons transportant des matières dangereuses traversent nos villes et nos villages. Je propose que nous tenions une commission d’enquête publique québécoise sur la question en faisant fi des prérogatives du fédéral sur cet enjeu.

3. Adopter une loi sur la compétence exclusive du gouvernement du Québec en matière d’environnement

L’environnement n’est pas une compétence décrite à la constitution canadienne de 1867. En conséquence, les tribunaux ont interprété que l’environnement serait une compétence partagée. En ce sens, l’Assemblée nationale pourrait, par la loi, revendiquer la compétence exclusive sur l’environnement sans qu’il s’agisse d’une contravention à la loi de 1867.

Il s’agit de régler un problème grave au Québec. Dès qu’il s’agit des ports, des trains, du transport de pétrole au Québec, le Québec n’a pas la possibilité de forcer une entreprise à se soumettre à son évaluation environnementale. Avec une loi sur la compétence exclusive du Québec en environnement, on s’assure d’avoir le dernier mot.

Pour ou contre Greta Thunberg ? C’est la mauvaise question.

Le Parti Québécois se doit d’offrir une approche pragmatique en matière d’environnement, ce qui implique de sortir de la polarisation autour de ce sujet. Le fait d’être pour ou contre Greta Thunberg n’a aucune pertinence en matière de politique publique environnementale. Cette approche pragmatique implique également de sortir du discours moralisateur. Rien ne sert de décourager la population en leur communiquant qu’ils ne sont pas à la hauteur, il faut plutôt leur dire qu’ils peuvent faire partie de la solution.

La manière de sortir de ces débats stériles est d’orienter la discussion vers les meilleures pratiques dans le monde, de manière à souligner que des solutions existent et sont à notre portée. À ce titre, l’exemple du Danemark constitue une meilleure pratique que le Québec se doit de suivre.

Toutes les prévisions des scientifiques concordent : sans un effort considérable de l’ensemble de la planète, on ne parviendra pas à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 ou 2 degrés Celsius, seuil à partir duquel les changements climatiques seront irréversibles. Évidemment, le Québec ne porte pas seul le poids d’un changement qui devrait se répartir sur l’ensemble des États. Mais, nous avons notre bout de chemin à faire. On est bon, bien meilleur que le Canada. Nos émissions de gaz à effet de serre (GES) sont les plus bas du Canada et nous nous situons dans le peloton de tête des pays industrialisés. Ça n’empêche pas qu’on peut et doit faire mieux. On doit prendre les meilleurs comme modèles.

J’ai habité plusieurs années en Norvège et au Danemark. Je connais très bien la Suède. Ces pays sont impressionnants par la qualité de leurs services publics et leurs engagements environnementaux. À titre d’exemple, le gouvernement danois a adopté en décembre dernier une loi contraignante pour s’obliger à réduire ses émissions de GES de 70% d’ici 2030. Voilà une cible courageuse à côté de l’engagement actuel du Québec de 37,5%, lequel vient tout juste d’être abandonné par la CAQ).

Sortir du pétrole, c’est s’enrichir

Le changement de ton que le Parti Québécois incarnera sous ma gouverne implique non seulement de parler des solutions et des meilleures pratiques disponibles, mais également du fait que notre sortie du pétrole enrichira les Québécois. En effet, la consommation d’énergie des Québécois transitera d’une modèle où les profits sont réalisés par des pétrolières multinationales vers un modèle où l’hydroélectricité permet à l’État québécois de réaliser des centaines de millions en profits supplémentaires, tout en augmentant le pouvoir d’achat des Québécois, puisque l’hydroélectricité se révèlera être le plus souvent une source d’énergie moins coûteuse que le pétrole. 

D’autres annonces à venir

Le but de ce billet de blogue n’est pas d’offrir un marché aux puces de solutions en matière d’environnement, mais bien d’expliquer comment 1) nous pouvons repositionner le Parti Québécois dans la discussion en matière d’environnement 2) nous pouvons convaincre la population de s’intéresser à la question environnementale assez pour qu’elle vote en fonction de ces questions fondamentales pour notre avenir.

[1] https://www.cer-rec.gc.ca/sftnvrnmnt/sft/dshbrd/mp/index-fra.html

[2] https://equiterre.org/fiche/le-veritable-bilan-des-deversements-de-transcanada?fbclid=IwAR0DtQywnLBfsHdP4dc-lOgr8_ZMwdB7J-bo90zPqNPvTz_C-DZiiOb-7r4

Proposition #1 – Une consultation populaire sur l’indépendance dans un premier mandat

 
 

Proposition #4 – Prendre la chute du français au sérieux et mettre fin à son déclin immédiatement.