Propositions

Des mesures musclées pour la langue française

Proposition #4 – Prendre la chute du français au sérieux. Mettre fin à son déclin immédiatement

 

Depuis le lancement de ma candidature à la direction du Parti Québécois, je propose plusieurs idées qui m’apparaissent essentielles pour réaliser un plan de match solide pour réhabiliter l’idée d’indépendance. Ma proposition #1 fixe un objectif clair et concret, soit une consultation populaire sur l’indépendance si le Parti Québécois forme le prochain gouvernement, afin de rebâtir la coalition indépendantiste au sein de notre formation politique. Ma proposition #2 identifie les premiers chantiers économiques que le Parti Québécois lancera sous mon leadership dans la première année pour répondre aux questions des Québécoises et des Québécois sur le projet de pays. Ma proposition #3, finalement, lie l’importance de la lutte aux changements climatiques, la préservation de notre environnement et de notre santé et l’urgence de quitter le régime pétrolier canadien.

Ce nouveau billet porte sur un ingrédient essentiel pour notre identité collective et notre goût de l’aventure en commun : la langue française. Il nous faut recommencer à faire des gains pour notre langue nationale. Et pour cela, il faut mettre fin à un certain jovialisme linguistique et briser certains tabous.

Constats linguistiques sur le Québec francophone

Les données et les projections linguistiques compilées par Statistique Canada sont limpides : depuis le recensement de 2011, on peut constater un déclin important de la langue française au Québec, surtout dans la région de Montréal.  Les chiffres sont éloquents. Selon les dernières projections linguistiques pour le Canada, 2011 à 2036, le poids démographique de la population de langue maternelle française au Québec passerait de 79% (2011) à une proportion qui oscille entre 69% et 72% en 2036. Un recul de presque 10 points de pourcentage en un peu plus de 20 ans. Cette réalité est encore plus claire dans la grande région de Montréal. En 2011, 48 % de l’île de Montréal avait le français comme langue maternelle. Ce nombre pourrait fléchir pour s’établir à 41 % d’ici 2036. À Laval et dans la grande région de Montréal, la chute est encore plus vertigineuse, soit une baisse de 13 points de pourcentage de locuteurs français. On observe les mêmes tendances lorsqu’on utilise le marqueur de la langue d’usage : le nombre de personnes ayant le français comme langue d’usage à la maison au Québec passera de 82% en 2011 à environ 74% en 2036, soit un recul de 7 points de pourcentage. La clé dans la compréhension de cette nouvelle dynamique est celle des transferts linguistiques : alors qu’en France ou en Ontario, les allophones adoptent éventuellement la langue officielle comme langue courante, au Québec on considère généralement que 45% des allophones opteront pour l’anglais, contre 55% pour le français, malgré que la communauté anglophone québécoise ne compte que pour 8% de la population québécoise. Cette dynamique entraîne un déclin inévitable et rapide.

Cette tendance est à l’image du sort qui attend les francophones dans les autres provinces canadiennes. La proportion de francophones hors Québec devrait passer de 3,8 % en 2011 pour s’établir à environ 2,7% en 2036.

Comment régler cette baisse abrupte du français? Nous devons remplir deux conditions essentielles qui ne sont pas considérées jusqu’à présent : 1- Le transfert linguistique des immigrants vers le français doit être presque entier (autour de 90%). 2- Les francophones ne doivent pas effectuer de transfert net vers l’anglais. Tel que mentionné, il y a une disproportion importante entre le poids démographique anglophone (8%) et sa capacité d’attraction (50%). De plus, quand on ajoute les transferts linguistiques faits par les francophones vers l’anglais, le solde global des transferts linguistiques passe sous la barre des 50%. L’assimilation des francophones de 25-44 ans sur l’île de Montréal a doublé entre 2001 et 2016. Elle vient contrecarrer les progrès effectués dans les transferts linguistiques des allophones vers le français.

À première vue, les constats ci-haut sont troublants. Si nous en arrivons à un point critique où la densité de locuteurs francophones est insuffisante à Montréal pour constituer une masse critique d’utilisateurs qui permette d’intégrer linguistiquement les allophones, on ne pourra exclure la possibilité d’un effondrement rapide du français dans la région métropolitaine.

Il n’est pas trop tard pour bien agir

L’existence de la loi 101 et de l’Office de la langue française nous donne un faux sentiment de sécurité : dans les faits, ces institutions ne sont pas suffisantes pour assurer la viabilité du français au Québec. Je propose donc, une fois élu chef du Parti Québécois, de déclencher une offensive musclée pour finalement inverser cette courbe du déclin de notre langue. Cette offensive passera par trois chantiers prioritaires. 1- Casser un tabou : le système actuel d’éducation postsecondaire anglicise le Québec. 2- Mettre un frein au bilinguisme institutionnel du gouvernement du Québec 3- Prendre les moyens pour refaire du français la langue commune de tous les Québécois. Il faut redresser la barre et c’est le rôle historique du Parti Québécois de le faire.

Évidemment, le gouvernement caquiste en place se réclamera du français dans les prochains mois. On peut douter qu’un changement aux politiques linguistiques ait lieu avec François Legault, lui qui avait voté contre les réformes importantes du gouvernement Marois à la Charte de la langue française en 2013. Cependant, d’ici à l’élection de 2022, j’applaudirai tous pas supplémentaires qui permettront au Québec de préserver son visage francophone.

Célébrer le bilinguisme individuel, combattre le bilinguisme institutionnel

Il m’apparait ici important de faire une petite mise au point. Les adversaires de l’indépendance ont tendance à dépeindre le Parti Québécois comme un parti contre la maitrise de l’anglais, ou encore d’autres langues. C’est faux. René Lévesque était parfaitement bilingue. Jacques Parizeau avait un très perceptible accent « british », Lucien Bouchard comme Bernard Landry parlaient très bien l’anglais. Madame Marois a également fait d’importants efforts pour maitriser la langue de Shakespeare. Pour ma part, je parle couramment le français, l’anglais et le danois, en plus de me débrouiller en espagnol et en suédois.

Le bilinguisme, le trilinguisme ou encore le multilinguisme est une richesse personnelle et même un incontournable dans un monde aussi mondialisé. D’ailleurs, le Québec n’a pas à être gêné, la proportion d’individus qui maitrisent le français et l’anglais est de 44,5% (2016). Nous sommes loin devant la moyenne canadienne qui se situe à 17,9% (ce qui inclut les Québécoises et les Québécois).

Parler plusieurs langues est donc une richesse et, comme chef du Parti Québécois, je serai toujours sensible à cette réalité. Ce qu’il faut toutefois combattre, c’est le bilinguisme institutionnel.

Casser un tabou : le système actuel d’éducation postsecondaire anglicise le Québec

Le bilinguisme personnel est donc à encourager, mais il peut entraîner une facilité à verser dans l’utilisation de l’anglais au quotidien. Ainsi, plusieurs milliers de Québécoises et de Québécois, francophones comme allophones, se dirigent vers un collège anglophone après avoir obtenu leur diplôme du secondaire dans l’espoir de parfaire leur maitrise de l’anglais. Au collégial, comme à l’université d’ailleurs, le rapport de force entre l’anglais et le français sur le « marché linguistique » est libre de s’exprimer et il traduit bien l’insécurité linguistique des Québécois quant à l’avenir du français : plusieurs francophones préfèrent ne pas prendre de chances devant un avenir assombri et choisissent de s’angliciser.

En 2018, 3000 étudiants de langue maternelle française sont inscrits au cégep anglais à Montréal. Ce nombre a doublé depuis 1995. Au total, à Montréal, la proportion de places en anglais au niveau collégial est de 47%. Si la tendance se maintient, le préuniversitaire dans les cégeps français va devenir minoritaire à Montréal vers 2021. L’anglicisation ou la « bilinguisation » des cégeps (mais aussi des universités) français est une tentative désespérée de pallier à la baisse des inscriptions dans les institutions de langue française. C’est la solution qui est actuellement mise de l’avant par les directions d’établissements pour chercher de nouvelles sources de revenus, comme en témoigne l’exemple récent du cégep de Gaspé. Au niveau universitaire, l’anglicisation des HEC, par exemple, est fulgurante. Jadis en charge de bâtir une élite d’affaires francophone, elle signale désormais aux Québécois qu’il n’y a pas d’avenir en affaires sans choisir de s’angliciser.

En conséquence, pour faire face à ce nouveau phénomène, je propose de :

  1. Revoir le financement des cégeps et des Universités afin de :
  • Octroyer un financement des collèges et universités anglophones en se basant d’abord sur le poids démographique de la minorité historique anglophone;
  • Diminuer le financement des cégeps et des universités francophones qui offraient des cours et des cursus uniquement en anglais pour certains programmes;
  • Imposer une proportion maximale de cours en anglais pour les universités et cégeps de langue française;
  1. Mettre en place un examen uniforme de français dans l’ensemble des collèges anglophones avec un cours obligatoire d’étude littéraire et de langue française, conditionnel à l’obtention du diplôme.

Faire en sorte que le gouvernement donne l’exemple : sortir du bilinguisme institutionnel

Le gouvernement du Québec doit être irréprochable dans ses services en français à la population. Trop souvent, les fonctionnaires québécois utilisent systématiquement l’anglais pour communiquer avec les Québécois allophones, ce qui en fait de facto la langue d’usage du gouvernement. Dans la même logique, les communications entre le gouvernement et les entreprises se font également souvent, et c’est une tendance qui tend à s’accroitre, en anglais. Il n’est pas question ici des relations gouvernementales avec des entreprises basées à l’extérieur du Québec, mais plutôt des industries sur notre territoire. Finalement, rien de plus frustrant et révélateur comme symbolique que lorsqu’à l’aéroport de Montréal, qui est notre port d’accueil pour le reste du monde, il est impossible d’obtenir un service autrement qu’en «franglais».

En conséquence, pour refaire de l’État un exemple en français, je propose de :

  1. Faire adopter par l’Assemblée nationale une déclaration sur l’urgence linguistique afin d’indiquer les efforts communs que nous devrons tous faire pour relancer le français au Québec;
  2. Faire en sorte que les communications entre l’État et les entreprises sur le territoire québécois soient uniquement en français;
  3. Lancer une réflexion sur la meilleure façon d’offrir les services du gouvernement du Québec aux Québécois allophones uniquement en français tout en conservant un service anglais pour la minorité historique anglophone;
  4. Appliquer la loi 101 aux entreprises à charte fédérale, notamment les aéroports et les banques;
  5. Mettre en place une campagne de communication grand public à l’effet que la langue d’usage et officielle du gouvernement du Québec est le français.

Se donner les moyens de refaire du français la langue commune de tous les Québécois

Après avoir solutionné la francisation dans les collèges, universités et dans l’État du Québec, plusieurs autres mesures sont nécessaires afin de renverser la tendance actuelle.

Je propose donc de :

  1. Élargir l’application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés, nos jeunes pousses nous rendent fiers, mais elles demeurent un lieu où l’anglais est fréquemment utilisé;
  2. Resserrer les critères qui permettent aux entreprises d’exiger l’anglais à l’embauche sans que cela soit nécessaire pour le type d’emploi sollicité;
  3. Enchâsser un droit de vivre et travailler en français ainsi qu’un droit à la francisation dans la Charte.

Le Québec, premier pays francophone de l’Amérique du Nord

Le Québec est un lieu unique en Amérique. Notre langue, notre culture, n’a rien à envier aux autres. Et c’est justement la richesse de la diversité des langues de par le monde qui crée cet écosystème culturel si particulier. Deux visions du monde s’affrontent présentement partout sur la planète: l’une soutien un impérialisme culturel et linguistique anglo-américain qui mènera à l’affaiblissement de la diversité culturelle dans le monde au profit d’une standardisation en anglais, l’autre veut freiner cette uniformisation anglo-américaine et valoriser les langues et les cultures qui sont constitutives de notre patrimoine culturel mondial. Comme disait Pierre Bourgault, « quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. »

Je nous propose donc ce projet collectif : faire du français une langue connue, partagée, belle et contagieuse. Cassons les tabous, déclarons l’urgence linguistique et mettons-nous au travail.

Dans les prochaines semaines, j’aurai l’occasion de faire d’autres propositions sur la langue, notamment sur ce qui demeure pour certain un angle mort de notre culture : la bonne maitrise du français que ce soit en lecture, en écriture ou à l’oral.

Proposition #1 – Une consultation populaire sur l’indépendance dans un premier mandat

 

Proposition #3 – Lier la question de l’environnement à celle de l’indépendance, sortir de la polarisation