Propositions

Réduire les GES: offrir autre chose que des véhicules polluants

Proposition #10 – Ne pas culpabiliser les propriétaires de VUS, trouver des solutions à l’avantage de tous

 

Le prochain chef du Parti Québécois doit proposer une nouvelle approche en environnement. Cette conviction, je l’ai partagée dès l’annonce de ma proposition #3 « Lier la question de l’environnement à celle de l’indépendance, sortir de la polarisation »  l’hiver dernier. Le Parti Québécois doit désormais occuper de l’espace en matière d’environnement en mettant de l’avant des solutions innovantes et pragmatiques, qui ne versent pas dans la culpabilisation ou la moralisation comme peuvent le faire d’autres partis politiques, mais qui offre plutôt la possibilité pour chaque citoyen de faire partie de la solution.

Par le passé, le Parti Québécois a présenté des programmes étoffés et reconnus par les experts, mais qui sont malheureusement demeurés presque invisibles dans l’espace médiatique. Avec ma présente proposition #10 « Ne pas culpabiliser les propriétaires de VUS, trouver des solutions à l’avantage de tous », je souhaite permettre à notre formation politique de tirer son épingle du jeu en proposant deux mesures fortes dans le domaine des transports qui auront un impact majeur sur nos émissions de GES, soit celles d’instaurer un vrai bonus-malus et de s’attaquer à la publicité des véhicules polluants.

Le Québec est prêt pour de l’audace en environnement

Le Québec a des cibles importantes de réduction de GES. Il s’est engagé avec ses partenaires internationaux à réduire d’ici 2030 de 37,5 % ses émissions par rapport au niveau de 1990. La cible pour 2050 est encore plus ambitieuse : notre économie devra se sevrer du carbone pour arriver à une diminution nette de 80%. Malheureusement, les gouvernements, actuels et passés, n’ont pas pris ces engagements au sérieux, à tel point que la Coalition avenir Québec a concédé l’impossibilité de respecter notre parole pour les objectifs que nous nous étions nous-mêmes fixés pour 2020 (avec un peu de chance, la COVID-19 et la mise à l’arrêt de l’économie pendant tout le printemps nous permettront in extremis d’y arriver).

Donc, nous savons où nous allons, mais nous semblons dépourvus d’un plan de match pour y arriver. Pourtant, les chiffres sont clairs : Le secteur des transports est le principal émetteur de GES au Québec, soit 43,3 % de l’ensemble des émissions. Plutôt que d’être en décroissance, le transport, particulièrement le transport routier, est en forte croissance depuis les années 90 alors que les autres secteurs polluants, tel que celui des industries, sont en baisse. En effet, entre 1990 et 2017, les émissions de GES produites par le secteur des transports ont connu un accroissement de 23 %. Depuis 2012, les ventes de camions – une catégorie qui comprend les minifourgonnettes, les VUS et les camionnettes – ont augmenté chaque année au Québec. De 182 465 unités en 2012, elles ont grimpé à 294 491 unités en 2018, soit une augmentation de 61 %.

Les Québécois sont prêts à faire des changements, mais ces changements doivent être mis à la portée de tous par le gouvernement. Selon un récent sondage Léger mené en janvier dernier, 64% des Québécois sont favorables à ce que les personnes qui utilisent un véhicule moins polluant paient moins cher qu’actuellement. Quand on sait que le Québec est le marché #1 de véhicules électriques au Canada avec 47% du marché et qu’il est le 6e plus gros marché per capita de véhicules électriques et hybrides rechargeables au monde, il ne manque que la volonté politique et un peu de courage pour changer vraiment les choses, surtout que lorsqu’on se tourne vers l’électrique, c’est notre portefeuille et notre gouvernement via Hydro-Québec qui s’enrichit, au lieu d’enrichir des pétrolières dans les paradis fiscaux.

Bonus-malus : une mesure nécessaire, à coût nul et à l’effet immédiat

Les spécialistes de la question reconnaissent que la meilleure façon de nous diriger vers une société sobre en carbone est de miser sur une tarification, laquelle peut servir à la fois d’encouragement à l’achat de véhicules électriques ou hybrides que de dissuasion de l’achat de véhicules particulièrement énergivores. Le bonus-malus permet d’atteindre ce double objectif, à coût nul pour les payeurs d’impôt, à travers une tarification modulée.

Le principe est simple. Plus un véhicule est polluant, plus le coût à l’achat sera élevé. À l’inverse, plus un véhicule aura une bonne performance écologique, moins il sera cher. Donc, le gouvernement du Québec, sous mon leadership, taxerait de façon plus importante les gros cylindrés pour diminuer d’autant le prix des véhicules écoénergétiques. Le système bonus-malus a été adopté dans d’autres pays avec succès. À titre d’exemple, en France, un rabais allant jusqu’à 6000 euros est disponible pour les personnes qui achètent un véhicule électrique d’un prix inférieur à 45 000 euros. Pour éviter que ce genre d’incitatif ne profite qu’aux riches qui peuvent se payer des Tesla, le gouvernement français prive de bonus les véhicules écoénergétiques qui coûtent plus de 60 000 euros. Cette aide à l’achat de véhicules électriques se finance par le malus qui s’applique aux véhicules énergivores. Ainsi, la France frappe d’un tarif supplémentaire qui s’échelonne de 5000 à 20 000 euros les véhicules selon leurs émissions de CO2. La Suisse a également un système semblable avec une pondération différente.

Le Québec a mis beaucoup d’efforts par le passé pour stimuler l’achat de véhicules électriques. Depuis 2011, le gouvernement offre d’importantes subventions qui peuvent aller jusqu’à 8000$. L’objectif était de mettre 300 000 véhicules électriques et hybrides sur les routes du Québec d’ici 2020. Quel est le résultat maintenant?  Nous sommes bien loin de la cible : 43 222 véhicules électriques ou hybrides sont possédés par les Québécois, ce qui est moins de 1% de l’ensemble du parc automobile. Il faut faire mieux. Bien qu’appréciées par les Québécois, les subventions sont nettement insuffisantes pour permettre un réel changement de consommation en faveur des véhicules électriques.

Le système que j’imagine pour le Québec s’inspirerait du modèle français et s’ajouterait aux crédits d’impôt déjà disponibles pour l’achat de véhicules électriques. Classés de 1 à 5, les voitures et camions énergivores se verraient imposer une surtaxe par palier selon la consommation d’essence et l’émission de CO2. Les véhicules électriques et hybrides seraient également classés de 1 à 5, cette fois selon l’importance de l’autonomie de la batterie et l’utilisation du système hybride. Chacun des paliers, en formule croissante, bénéficierait d’un rabais. Le tout à coût nul! Additionné aux crédits d’impôt déjà existants, le but est simple : Avec l’arrivée de modèles électriques ou hybrides dans la plupart des gammes de VUS et de camionnettes, les modèles les moins polluants doivent être désormais systématiquement moins chers à l’achat.

Une telle approche nous donnera des résultats bien plus convaincants que de culpabiliser celles et ceux qui font le choix d’un VUS pour des raisons professionnelles ou encore familiales. Difficile d’avoir trois enfants et de se déplacer autrement qu’en fourgonnette. Difficile de travailler dans le domaine de la construction ou dans des régions éloignées sans « pickup ».  L’utilisation du VUS peut être justifiée et les constructeurs automobiles travaillent avec sérieux pour offrir des véhicules de même type en format hybride ou électrique. C’est pourquoi je m’engage à ce que le système de bonus-malus comporte des exceptions afin de prendre en compte ces réalités et convaincre les consommateurs d’adopter les modèles les moins polluants.

Interdire la publicité pour les véhicules polluants

L’autre composante pour arriver à introduire des changements de comportements face à la consommation, outre le prix qui demeure un déterminant majeur du choix entre un véhicule électrique et un véhicule à essence, réside dans la perception que nous nous faisons des véhicules polluants. Non seulement la proportion de publicités sur les VUS et les camionnettes a énormément augmenté au cours des dernières années, mais elles mettent le plus souvent en scène le plein air et l’art de vivre en harmonie avec la nature, ce qui vise bien sûr à faire oublier au consommateur à quel point le véhicule est polluant. Rappelons-nous que la hausse des ventes des véhicules de types VUS et camionnette a été de 61% entre 2012 et 2018. Cette hausse des ventes des véhicules les plus polluants est également liée au fait que les constructeurs automobiles ont concentré leurs efforts publicitaires à promouvoir davantage, voir exclusivement pour certains constructeurs, la vente des catégories de véhicules polluants. Or, les constructeurs automobiles n’investissent pas des centaines de millions de dollars par année en publicité que pour le plaisir, leur marketing a bel et bien un effet sur le volume des ventes.

Si l’on veut agir pour renverser cette dynamique, une avenue est de mettre fin à la publicité des véhicules les plus polluants afin d’en diminuer les ventes. Je propose donc d’interdire ces publicités sur tous les véhicules qui consomment plus de 9 litres d’essence par 100 km parcourus, par l’entremise d’une loi à l’image de celle qui nous a permis de nous débarrasser des publicités de tabac dans les années 90. Certains s’en rappelleront : à une autre époque, les grands événements sportifs portaient des noms cigarettiers comme Player’s ou Du Maurier. Ce genre de promotion est désormais interdite avec comme conséquence la réduction de la consommation de tabac, mais surtout l’envoi d’un message clair : le tabac n’est pas acceptable socialement, car il fauche des vies. Je crois que nous sommes rendus à cette même étape, soit celle d’envoyer le signal que l’industrie pétrolière est responsable du réchauffement climatique et fauche des vies, en plus de laisser aux générations futures une planète qui n’est pas viable. Ma proposition d’interdiction s’étendra aussi aux publicités de l’industrie pétrolière et gazière qui tente de nous faire avaler des projets nocifs pour l’environnement. Finies les pubs de Transcanada pour tenter de nous vendre un pipeline dont personne ne veut au Québec.

Le Québec est dans le peloton de tête des états d’Amérique du Nord en environnement, mais on peut faire mieux! Nous devons prendre les changements climatiques au sérieux. Je suis déterminé à agir. Soyons audacieux et pensons en dehors de la boîte. C’est en multipliant les initiatives que nous parviendrons à nos objectifs de réductions des GES.

Proposition #1 – Une consultation populaire sur l’indépendance dans un premier mandat

 

Proposition #2 – Une année pour répondre aux questions économiques sur l’indépendance