Propositions

Pour un avenir commun, en français

Proposition #7 – Immigration : pour un avenir commun, en français

 

La question de l’immigration est une question délicate en 2020, et ce, partout en occident. Comme je l’affirmais dans ma campagne à la direction du PQ de 2016, j’ai toujours pensé qu’on se doit dans une démocratie d’être capable de discuter de seuils d’immigration librement sans se faire traiter de xénophobe. Par contre, nous avons le devoir d’en parler de façon responsable, de manière à ne pas déshumaniser et dévaloriser le parcours des Québécois d’adoption. On ne peut non plus réduire l’analyse sur la capacité d’accueil d’une société seulement au nombre annuel d’immigrants : la francisation, les ressources pour favoriser l’intégration, la régionalisation de l’immigration et l’arrimage entre les compétences et les besoins économiques sont tous des facteurs à considérer.

Notre modèle d’immigration est un succès à plusieurs égards lorsque l’on compare la situation du Québec avec celle des États-Unis et de plusieurs pays européens. Cependant, on constate lorsque l’on sonde l’opinion de la population, que 64% des Québécois croient que le gouvernement devrait « prioriser la réduction du nombre d’immigrants », un chiffre très similaire à la moyenne canadienne qui se situe à 63%. Plusieurs aspects de l’immigration n’ont pas fonctionné au Québec à la hauteur des attentes au cours des dernières années : la francisation des immigrants, la régionalisation de l’immigration, et l’arrimage entre les compétences des immigrants et les besoins économiques. Ces échecs sont ceux de la société d’accueil et non pas ceux des immigrants. C’est dans ce contexte que l’on doit se pencher sur la question des seuils d’immigration, de la francisation et de l’intégration : une discussion normale qui se doit d’être effectuée sans aucun tabou, mais sans non plus tomber dans le populisme ou l’opportunisme politique au détriment des Québécois d’adoption.

L’immigration est une question déterminante pour l’avenir du français au Québec

Comme j’ai eu l’occasion de l’expliquer dans un billet de blogue récemment, j’ai l’intime conviction que nous devons collectivement renoncer à un certain jovialisme linguistique et briser certains tabous. Les données et les projections linguistiques compilées par Statistique Canada devraient tous nous inquiéter, qu’importe notre allégeance politique. Les chiffres sont alarmants : selon les dernières projections linguistiques pour le Canada pour la période de 2011 à 2036, le poids démographique de la population de langue maternelle française au Québec passerait de 79% (2011) à une proportion qui oscillerait entre 69% et 72% en 2036. Un recul de presque 10 points de pourcentage en un peu plus de 20 ans. Cette réalité est encore plus claire dans la grande région de Montréal. En 2011, 48% de l’île de Montréal avait le français comme langue maternelle. Ce nombre pourrait fléchir pour s’établir à 41% d’ici 2036. À Laval et dans la grande région de Montréal, la chute est encore plus vertigineuse, soit une baisse de 13 points de pourcentage de locuteurs français. On observe les mêmes tendances lorsqu’on utilise le marqueur de la langue d’usage : le nombre de personnes ayant le français comme langue d’usage à la maison au Québec passera de 82% en 2011 à environ 75% en 2036, soit un recul de 7 points de pourcentage.

La clé dans la compréhension de cette nouvelle dynamique est celle des transferts linguistiques : alors qu’en France ou en Ontario, les allophones adoptent éventuellement la langue officielle comme langue courante, au Québec, on considère généralement que 45% des allophones opteront pour l’anglais, contre 55% pour le français, malgré le fait que la communauté anglophone québécoise ne compte que pour 8% de la population québécoise. Comment expliquer des chiffres aussi alarmants ? Nous devons être lucides face à notre réalité : le Québec, de par son statut de province dans un pays officiellement bilingue, ainsi que par sa proximité géographique avec l’empire américain, subit une pression constante sur sa seule langue officielle. La tentation de l’anglicisation chez les allophones, et même chez certains francophones, est d’autant plus grande : c’est la langue du Canada, c’est la langue parlée par 98% du continent nord-américain et c’est la langue la plus parlée dans le monde entier. Le Québec est en quelque sorte pris dans une situation de concurrence déloyale sur le plan linguistique. Cette dynamique entraîne un déclin inévitable, et rapide.

Pour en finir avec l’hypocrisie caquiste

Lors des dernières élections générales, François Legault promettait de réduire l’immigration à un niveau de 40 000 immigrants, parce que « le système d’immigration dans sa forme actuelle menace le français ».  Il disait craindre que nos « petits-enfants ne le parlent plus » le français. Le Premier ministre aime se bomber le torse et se présentant comme le champion de la défense de l’identité québécoise. Mais concrètement, qu’en est-il réellement?

La réalité est ailleurs. François Legault, quelques mois avant la campagne électorale, affirmait en entrevue que le Québec a accordé « trop d’importance à la connaissance du français » dans le processus de sélection des immigrants et « le premier, peut-être même le seul » critère de sélection à l’immigration devrait être la capacité à répondre aux besoins du marché du travail. En d’autres mots, François Legault serait prêt à accueillir une majorité, voire la totalité, d’immigrants qui ne maîtrisent pas le français si ceux-ci répondent correctement aux besoins du marché du travail. C’est entre autres pour cette raison que son ministre de l’immigration, Simon Jolin-Barrette, était à l’aise de continuer la politique libérale en la matière : un creux historique de seulement 48% des immigrants maîtrisaient le français au point d’entrée en 2018. Des statistiques pires que l’année libérale précédente, où ce chiffre était de 52%.Il y a à peine une dizaine d’années, ce chiffre était pourtant de 65%.  Avec les données alarmantes que nous connaissons sur les transferts linguistiques, ainsi que les taux d’échecs en francisation qui sont de 90% selon la Vérificatrice générale (alors qu’uniquement 35% à 40% des immigrants ne maitrisant pas le français s’inscrivent à des cours de francisation), cette situation ne peut pas continuer : nous fragilisons l’avenir du français d’une année à l’autre, comme nous le confirme Statistiques Canada.

Ainsi, si François Legault a choisi de promettre une baisse de l’immigration à 40 000 immigrants par année, ce n’était en aucun cas parce qu’il comptait réellement améliorer la situation du français. C’était pour des raisons de simples calculs politiques à court terme. Concrètement, François Legault continue d’aggraver la situation du français.

Un objectif vital : vers une immigration économique maitrisant le français à 100%

Avec les taux de transferts linguistiques que nous connaissons, ainsi que la faiblesse des taux de réussite en francisation (90% échouent et seulement 35% à 40% des immigrants ne maitrisant pas le français), il est illusoire de penser que nous pouvons inverser la courbe de déclin du français en continuant d’accueillir, comme c’est le cas présentement, 60% d’immigrants ne maitrisant pas le français, dont environ la moitié des immigrants économiques. 

Plusieurs pays européens ont une solution à ce problème : s’assurer que les immigrants connaissent la langue nationale au point d’entrée, et donc, avant d’arriver. En 2013, 17 pays de la zone européenne sur 27, donc 63%, réclamaient la connaissance de leur langue nationale avant l’entrée dans leur pays (cela exclut bien sûr les réfugiés et les demandeurs d’asile). Un chiffre qui est en augmentation constante depuis le début du siècle.

Selon la dernière estimation de l’Organisation internationale de la Francophonie, on trouve dans le monde, en additionnant ceux pour qui le français est la langue première et ceux pour qui elle est une langue seconde, pas moins de 274 millions de francophones.

De plus, plusieurs ententes ont été conclues partout dans le monde avec des écoles de langues reconnues par le ministère de l’Immigration (MIDI), principalement avec des Alliances Françaises locales. Les écoles partenaires du ministère disposent de nombreuses ressources documentaires portant sur le Québec. En suivant une formation en français langue seconde chez un partenaire du ministère, les futurs immigrants pourront même se familiariser avec la société québécoise.

La liste inclut plus de 150 écoles de langues réparties sur une quarantaine de pays, en Asie, en Amérique latine, en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique. De plus, un fait peu connu : le ministère de l’Immigration rembourse jusqu’à 1 500 $ pour des cours de français à un candidat étranger qui a réussi son diplôme et obtenu son Certificat de sélection. Une offre qui serait bonifiée et publicisée par un gouvernement PSPP.

La question des seuils : la juste mesure

C’est donc dans le contexte d’absence de maîtrise du français des immigrants économiques, d’incapacité à régionaliser l’immigration et de difficultés à arrimer les compétences des immigrants avec nos besoins économiques qu’il faut se pencher sur la décision de la CAQ de hausser les seuls d’immigration au cours des prochaines années, et ce, de manière à les ramener au même niveau que sous les gouvernements Couillard et Charest. 

Dans les années qui ont précédé le règne de Jean Charest, donc dans les années 90 et jusqu’en 2003, les seuils d’immigration au Québec ont oscillé entre 35 000 et 40 000, en moyenne. Durant ces années, l’impact sur le français a été inexistant, minime, voire positif dans certains cas, comme le prouvent les chiffres. En 1991, 82% de la population avait le français comme langue maternelle au Québec. En 2001, c’était 81.4%. Dans la région métropolitaine de Montréal : le français n’a même pas perdu un point sur 10 ans, passant de 68,7% en 1991 à 68,1% 2001. Mieux encore, loin des chiffres alarmistes prévus par Statistiques Canada pour 2036, de 1991 à 2001, le français comme langue parlée à la maison a même progressé! Dans la région métropolitaine de Montréal, il est passé de 70,1% en 1991 à 70,7% en 2001. Pour l’ensemble du Québec, de 83% à 83,1%. 

Si Statistiques Canada prévoit des diminutions aussi drastiques pour 2036, c’est donc pour deux raisons que j’ai mentionnées précédemment : nous accueillons une majorité d’immigrants qui ne maitrisent pas le français, et les transferts linguistiques nous démontrent que le taux d’adoption de l’anglais est trop élevé. 

Je propose donc de revenir à nos seuils historiques, pré Jean Charest, où le français n’a connu aucun déclin. Il s’agit d’une moyenne de 35 000 à 40 000 immigrants par année. 

Cette cible devra être maintenue, tant et aussi longtemps que :

  1. Nous n’aurons pas inversé la courbe déclinante du français comme langue d’usage au Québec.
  2. Nous n’aurons pas des transferts linguistiques proportionnels aux poids démographiques des francophones et des anglophones. 

Il s’agit donc de ne pas hausser les seuils existants tant que les objectifs entourant l’immigration que nous nous étions fixés ne seront pas atteints. Il s’agit là, dans les circonstances décrites ci-haut de la juste mesure, d’un ajustement autant nécessaire que vital pour assurer la pérennité du français au Québec. 

Refuser les discours de stigmatisation 

Récemment, les cafouillages de la CAQ en matière d’immigration ont été nombreux : 18 000 dossiers, Programme de l’expérience québécoise (PEQ), parrainage des réfugiés, etc. Un Parti Québécois sous ma gouverne dénoncera toujours le manque d’humanisme dans ce domaine. Nous devons démontrer notre volonté d’intégrer pleinement les nouveaux Québécois, et cela commence par adopter un ton et un discours qui est d’abord humaniste. Trop souvent, la CAQ a donné l’impression que l’immigration était d’abord une question de chiffres abstraits dans des colonnes gouvernementales.   

Lorsque les balises sont claires et que la volonté de partager un avenir commun l’est tout autant, j’ai la profonde conviction que l’apport des Québécois d’adoption représente une richesse inestimable pour le Québec. 

Un Parti Québécois sous ma gouverne n’aura aucune tolérance pour les manifestations de haine envers les Québécois d’adoption. Il dénoncera tous les discours qui s’attaquent aux individus, notamment sur les médias sociaux, où nous devons nous préoccuper de l’augmentation fulgurante des propos à caractère haineux.

Nous avons le devoir de nous montrer intraitables dans notre lutte contre la discrimination : c’est une condition pour un pacte réussi entre les nouveaux Québécois et leur société d’accueil. Dans 5 ans, dans 10 ans, mon souhait est que nous cessions de parler d’immigration sous l’angle de l’échec. Notre rôle est de faire en sorte que cette belle aventure collective soit un réel succès et je sais que nous y arriverons!

Immigrants investisseurs : un programme à abolir

Le programme « immigrants investisseurs » est un bien drôle de programme. D’abord, par le message qu’il envoie : que les compétences et les capacités d’intégration linguistiques sont secondaires lorsqu’on est millionnaire. Aussi, parce que nous maintenons ce programme année après année, malgré des résultats douteux. En effet, de nombreux reportages ont été publiés sur des irrégularités dans ce programme. Par exemple, dans plusieurs cas, ces « immigrants investisseurs », pourtant multimillionnaires, ont payé moins d’impôts sur le revenu que les réfugiés! Également, l’année dernière, seulement 3% des 4500 personnes ayant été acceptés au Québec via cette catégorie maîtrisaient le français. 

D’un point de vue économique, l’argent demandé pour « acheter son passeport » variait entre 800 000 $ et 1,2M$, selon les dernières années. Cet argent est géré par des intermédiaires financiers. Radio-Canada révélait que, depuis l’année 2000, le montant total payé en honoraires aux courtiers privés était presque identique au montant total généré pour le compte du gouvernement du Québec. Il est également documenté que ce programme contribue à accentuer la spéculation immobilière. Ainsi, il n’y a presque pas d’avantages économiques à un programme pour lequel c’est pourtant la vocation première. 

Je propose de l’abolir, comme le Canada l’a fait pour son volet fédéral en 2014. 

Vers un contrôle complet de notre immigration dans un pays du Québec

Comme indépendantistes, c’est l’objectif que nous nous fixons et que nous réussirons à atteindre. Très bientôt, nous contrôlerons 100% de notre immigration et nous serons maîtres de la totalité de nos politiques dans ce domaine. 

Plus spécifiquement, nous serons en mesure de mettre fin au modèle multiculturaliste que nous impose le Canada. Nous pourrons, librement, enfin adopter un modèle d’intégration basé sur le partage d’une citoyenneté québécoise universelle et partagée. 

J’aurai l’occasion d’y revenir.

Proposition #1 – Une consultation populaire sur l’indépendance dans un premier mandat

 

Proposition #3 – Lier la question de l’environnement à celle de l’indépendance, sortir de la polarisation

 

Proposition #4 – Prendre la chute du français au sérieux et mettre fin à son déclin immédiatement