Propositions

Cinq engagements en faveur de l’égalité et de la sécurité des femmes

Proposition #8 – Pour que les droits des femmes se célèbrent à tous les jours

 

Depuis le début de ma campagne à la direction du Parti Québécois, j’ai multiplié les propositions pour mettre en place un plan de match sérieux afin d’arriver à une consultation populaire sur l’indépendance et qu’on se dise collectivement OUI. Cela doit passer par des réponses rapides aux questions économiques, un effort environnemental important, une meilleure maîtrise de l’immigration, le partage de l’identité québécoise et une plus grande valorisation de la langue française. La question autochtone est également incontournable : sortir ensemble d’un régime colonial pour créer un nouveau pays sur une base de nation à nation est la seule voie possible.

Cependant, je crois que le prochain chef du Parti Québécois, malgré l’importance que nous accordons comme parti au statut du Québec dans le Canada, doit aussi démontrer où il loge sur différentes questions de nature sociale. Comme premier ministre, il aura à trancher des débats importants avec son équipe. Avec comme priorité l’indépendance, il ne pourra se dérober à l’actualité. C’est pourquoi j’ai traité cette semaine de plusieurs questions que je juge importantes sur les droits et la sécurité des femmes, en route pour la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars. L’égalité est l’une des valeurs chères à notre formation politique. Je souhaite l’incarner.

J’ai toujours été féministe et la cause des femmes m’apparaît plus réelle et plus urgente au regard des dernières actualités. Les nouvelles de féminicides, d’agressions sexuelles, d’inégalité de salaire m’indignent profondément. Pour y répondre, et contrairement à plusieurs politiciens qui se contentent d’un tweet de célébration le 8 mars, mon équipe et moi avons souhaité discuter sur la place publique de dossiers urgents pour les femmes, et ce à chaque jour. C’est donc, au total, cinq engagements que nous avons pris en faveur de l’égalité et de la sécurité des femmes. Nous avons également mis en lumière les femmes de tête qui m’accompagnent dans la course à la direction du PQ. C’est donc pour elles, pour ma petite Laurette, mais aussi pour toutes les Québécoises que je fais des droits des femmes ma proposition #8 de campagne.

Mettre un frein aux féminicides et aux familicides

Mon premier engagement concerne les histoires d’horreur qui font trop souvent la une des journaux. Le récent meurtre de Marylène Lévesque à Sainte-Foy nous rappelle à quel point notre société a du chemin à faire. La violence faite aux femmes est un tabou qui doit cesser et comme chef du Parti Québécois et ensuite premier ministre, j’en fais une cause personnelle.

D’abord, il ne faut pas sous-estimer le phénomène. Les féminicides, c’est-à-dire des femmes tuées parce qu’elles sont femmes, représentent près du quart de l’ensemble des homicides au Québec. Ensuite, au Québec, 30 % des femmes violentées seulement portent plainte. Mais bien souvent, elles doivent ensuite se heurter à la froideur de l’enquête policière et à la lenteur du système de justice. Il ne faut donc pas se méprendre sur la gravité de la situation. Les répercussions de cette violence pour notre société sont claires. Que ce soit pour les familles et les communautés directement touchées ou par rapport à l’impact psychologique pour l’ensemble de la population qui est exposée aux détails de cette violence gratuite et insensée, les séquelles sont importantes.

Pour prévenir cette violence, je propose la création de Relations Québec, inspiré de l’initiative du gouvernement australien Relationships Australia, un OBNL en charge de la prévention de la violence conjugale, de l’éducation et du soutien lors des ruptures. C’est une approche globale qui rassemblerait au même endroit des services en psychologie, en travail social, en médiation et en éducation dans le but de prévenir la violence conjugale et familiale. Relations Québec pourrait entre autres mener des campagnes publicitaires comme cela se fait déjà contre le jeu ou l’alcool au volant.

Je désire aussi réformer le droit de la famille afin de créer un « protocole obligatoire » dans des instances de séparation. Ce protocole, qui prendrait la forme d’un questionnaire, obligerait l’ensemble des professionnels à poser des questions, à référer certains cas à Relations Québec lorsqu’il y a apparence de risque et à informer toutes leurs clientes et clients de la présence de ressources en soutien psychologique.

Responsabiliser l’industrie de la porno et contrer les stéréotypes sexuels

Je crois avoir brisé un tabou en réclamant une plus grande responsabilité de la pornographie. Peu de Québécoises et de Québécois le savent, mais cette industrie est très bien implantée à Montréal. Avec un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars, on parle d’activités semblables à celles des jeux vidéos! Il s’agit un peu du youtube du sexe qui se trouve dans la métropole.

Les études sont claires : de plus en plus jeunes, les consommateurs de pornographie ont une plus grande tendance à appliquer les stéréotypes sexuels qui se trouvent dans les vidéos sur des sites comme Pornhub. Des problèmes de dépendance sont aussi constatés alors que ce phénomène n’existait pas il y a quelques années. En fait, c’est dans une perspective de santé publique que je souhaite que le Québec aborde le problème de la pornographie.

C’est la raison pour laquelle je propose de créer un Éduc’alcool du porno, financé par une taxe spéciale de 0,5% payée par les géants du X à Montréal, dont les fonds serviront à contrer les stéréotypes sexuels violents et à éduquer nos jeunes vers une sexualité saine. Comme l’alcool ou le tabac, il ne s’agit pas d’interdire la consommation de pornographie. Cependant, je crois qu’il est de la responsabilité de l’État d’alerter la population sur les effets pervers d’une surexposition à la pornographie.

Dans la même logique, je propose que les compagnies d’internet bloquent d’office les sites de nature pornographique pour l’ensemble des clientes et des clients québécois, sauf si ceux-ci font expressément la demande d’avoir accès à ces contenus. Un peu à l’image des câblodistributeurs qui octroient à la carte des chaînes de télévision, une personne qui souhaiterait consulter à l’avenir un site porno devrait donc communiquer avec son entreprise qui fournit le service internet. Cette politique existe déjà en Grande-Bretagne. Il ne s’agit donc pas d’une idée inusitée.

Le trafic humain et sexuel est un vrai problème au Québec

C’est un secret de polichinelle que Montréal est l’une des plaques tournantes du trafic humain au Canada. Les spécialistes décrivent les jeunes Québécoises comment étant très prisées, notamment en raison l’exotisme présumé de la langue française. Particulièrement visées, les femmes avec une déficience intellectuelle, ou encore marginalisées et économiquement désœuvrées, sont les premières cibles des proxénètes.  Au Canada, le nombre de traites de personnes est passé de 41 en 2009 à 340 en 2016. Nous sommes devant un réel problème en croissance.

Pour le freiner, je propose d’abord de nous attaquer à cette clientèle qui recherche les services des escortes et prostituées qui proviennent du trafic sexuel. Elle profite souvent des gros événements pour faire du « tourisme sexuel ». D’ailleurs, plusieurs organisations de femmes constatent une augmentation de l’exploitation sexuelle et du trafic humain durant le Grand Prix de Montréal. Pas plus tard qu’il y a une semaine, le président du Grand Prix a lui-même affirmé en avoir assez du statut de « proxénète en chef » qui colle à cet événement d’envergure. Devant ce phénomène, la ville de Montréal a demandé au Conseil des Montréalaises d’étudier la question en 2017. L’échéance arrive cette année. Nous aurons donc prochainement un rapport qui dressera un portrait de l’état exact de la situation, que nous savons par contre déjà très peu reluisante. Une fois toutes les informations entre nos mains, je propose de m’assoir avec les dirigeants du Grand prix et d’exiger un plan de concertation pour enrayer le phénomène du tourisme sexuel et du trafic humain. En l’absence de résultats concrets relativement à l’exploitation sexuelle, il y aura une annulation de toutes les subventions publiques accordées au Grand Prix.

Je propose également de doubler le budget de l’escouade mixte contre les violences sexuelles et le proxénétisme. Il n’y avait que 22 ressources au total dans l’escouade en 2020, dont seulement 10 attitrées à Montréal. C’est trop peu pour enrayer un problème d’une telle envergure. L’addition de ressources financières doit permettre à l’escouade d’effectuer une enquête musclée pour démanteler les réseaux de trafic de jeunes femmes à la source.

Un autre gros problème est la question des hôtels. C’est une plaque tournante pour les clients et très souvent, ces établissements refusent de se mêler des situations problématiques même s’ils en ont conscience. Je propose de créer une norme de qualité pour les hôteliers, ce qui les obligerait à dénoncer toute activité de prostitution directement à l’escouade contre les violences sexuelles et à refuser de louer une chambre lorsqu’il y a un doute. En cas de non-respect de la norme confirmée par des enquêteurs de l’escouade, des sanctions pénales pourraient être octroyées.

La Loi sur l’équité salariale ne fait pas le travail

En 2019, les femmes ne gagnaient que 89,7% du salaire des hommes alors qu’en 1997, au moment de l’adoption de la Loi, l’écart était de 15%. Une amélioration de seulement 5% en vingt ans est absolument insuffisante pour un enjeu qu’on considère une priorité pour le Québec. Pire encore, l’austérité du gouvernement libéral Couillard a affecté plus durement les femmes qui sont majoritaires comme employées de l’État et principales bénéficiaires des services publics.

Bien que le premier ministre François Legault se présente comme un défenseur de l’égalité homme-femme avec sa loi sur la laïcité, il n’a agi concrètement ni pour améliorer le sort des travailleuses ni pour corriger l’austérité libérale.

Afin de régler une fois pour toutes l’équité salariale, nous proposons donc de:

  1. Modifier la loi de 1997 pour combler les trous dans la législation;
  2. Revoir la grille d’analyse afin de l’élargir en permettant notamment des analyses entre des secteurs d’activité différents;
  3. Verser sur-le-champ l’ajustement salarial rétroactif constaté en vertu de la loi. Des pétitions ont été déposées par des groupes d’employés qui attendent toujours le versement de sommes en rattrapage;
  4. Contraindre les 30 % d’entreprises privées qui n’ont pas encore de démarche d’équité salariale à adopter une telle politique.

Parce que l’État québécois emploie majoritairement des femmes, on se doit de montrer l’exemple en déliant les cordons de la bourse. Il s’agit d’une question de justice et d’équité qu’on ne peut laisser perdurer encore plus longtemps.

Les avantages de l’indépendance du Québec pour les femmes et la cause féministe

Bien qu’il s’agisse d’abord d’une question d’égalité, le statut du Québec dans le Canada est aussi un important frein pour la cause des femmes et mes propositions féministes seraient incomplètes sans aborder l’indépendance. En fait, s’il y a bien un groupe bien placé pour réclamer la liberté du Québec, ce sont les femmes. Elles vivent au quotidien ce que signifie la dépendance et elles voient les gains importants qu’a permis l’émancipation, bien que partielle, à travers le temps. Il nous faut donc lier l’émancipation et l’égalité, de droit et de fait, à la création de notre nouveau pays. Comment? Eh bien, le régime fédéral nous offre plusieurs exemples.

Alors que, historiquement, le Québec a été très avant-gardiste dans ses politiques visant à atteindre l’égalité effective entre les hommes et les femmes, bien qu’il reste encore beaucoup à faire, il a souvent été freiné dans son élan par le fédéral qui traînait de la patte ou qui adoptait des lois moins progressistes qui empiétaient sur les lois mises en place par le Québec.

Prenons en exemple la loi sur l’équité salariale. Celle-ci prévoit des mesures beaucoup plus strictes pour les employeurs et a une portée beaucoup plus large que son équivalent canadien. Or, la loi québécoise ne s’applique pas aux entreprises tombant sous les compétences fédérales telles que les banques et les entreprises de télécommunication, et ne s’applique pas non plus aux employées de la fonction fédérale. Ce sont donc des dizaines de milliers de femmes qui sont exclues des mesures visant à assurer une équité salariale pleine et entière. Dans la même logique, seules les femmes québécoises qui sont couvertes par la loi du Québec sont payées lors de leurs retraits préventifs en raison d’une grossesse.

Il en va de même pour les congés parentaux. Si les travailleurs et travailleuses peuvent bénéficier de congés très généreux prévus par la Loi sur les normes du travail du Québec, ceux et celles travaillant encore une fois dans un milieu tombant sous une compétence fédérale ne peuvent pas en bénéficier. Le Régime québécois d’assurance parental est très mal arrimé avec le régime d’assurance-emploi canadien de telle sorte qu’une femme qui reprend son emploi après son congé de maternité, mais est mise à pied quelques jours après, ne peut toucher de prestation.

À l’ère de #moiaussi et des dénonciations des crimes à caractère sexuel, le Québec n’a aucune compétence pour resserrer les lois du Code criminel afin de mettre en place des infractions spécifiques aux violences faites aux femmes, comme le crime du féminicide. C’est aussi vrai pour le droit à l’avortement. Même s’il est acquis au Canada depuis plusieurs années, son existence est constamment remise en question. Avec les conservateurs fédéraux qui tentent sans cesse de remettre la question sur la table, les femmes doivent toujours réaffirmer leur droit à l’interruption de leur grossesse, alors que le combat devrait être terminé. Par ailleurs, le mouvement anti-choix est pratiquement inexistant au Québec et émane surtout des provinces de l’ouest, qui nourrit les ambitions conservatrices de renverser ce droit.

Je pourrais continuer à multiplier les exemples! Le Canada a une influence sur des parties de notre vie dont nous ne nous douterions même pas. L’indépendance du Québec, c’est aussi plus d’indépendance pour les femmes.

Proposition #1 – Une consultation populaire sur l’indépendance dans un premier mandat

 

Proposition #3 – Lier la question de l’environnement à celle de l’indépendance, sortir de la polarisation

 

Proposition #4 – Prendre la chute du français au sérieux et mettre fin à son déclin immédiatement